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L’islam ne peut pas être « repensé » ! Vraiment ? Pourquoi les pays dit « Arabes » ont ils du mal à entrer dans la modernité.  Par Amin Maalouf. 

L’idée selon laquelle l’islam a toujours été un facteur d’immobilisme est tellement ancrée dans les esprits que j’ose à peine m’y attaquer. Il le faut, pourtant. Parce qu’une fois cet axiome posé, on ne peut plus aller nulle part : si l’on se résigne à l’idée que l’islam condamne irrémédiablement ses adeptes à l’immobilisme, et comme lesdits adeptes – qui forment près du quart de l’humanité – ne renonceront jamais à leur religion, l’avenir de notre planète paraît bien triste. Je n’accepte quant à moi ni l’axiome de base ni la conclusion. Oui, bien sûr, il y a eu immobilisme. Entre le XVe et le XIXe siècle, alors que l’Occident avançait très vite, le monde arabe piétinait. Sans doute la religion y a-t-elle été pour quelque chose, mais il me semble qu’elle en a surtout été la victime. En Occident, la société a modernisé sa religion ; dans le monde musulman, les choses ne se sont pas passées de la même manière. Pas parce que cette religion-là n’était pas « modernisable » – de cela, la preuve n’est pas faite –, mais parce que la société elle-même ne s’est pas modernisée. À cause de l’islam, me dira-t-on. C’est vite dit. Est-ce le christianisme qui a modernisé l’Europe ? Sans aller jusqu’à soutenir que la modernisation s’est faite contre la religion, il serait raisonnable de dire que celle-ci n’en a pas été la « locomotive », qu’elle a plutôt opposé, tout au long, une résistance souvent farouche, et qu’il a fallu que la poussée en faveur du changement soit profonde et puissante et continuelle pour que cette résistance s’atténue et que la religion s’adapte. Cette poussée déstabilisante et salutaire n’a jamais eu lieu au sein du monde musulman. Ce formidable printemps de l’humanité créatrice, cette révolution totale, scientifique, technologique, industrielle, intellectuelle et morale, ce long travail « au burin » effectué par des peuples en pleine mutation qui chaque jour inventaient et innovaient, qui sans cesse bousculaient les certitudes et secouaient les mentalités, ce n’est pas un événement parmi d’autres, il est unique dans l’Histoire, il est l’événement fondateur du monde tel que nous le connaissons aujourd’hui, et il s’est produit en Occident – en Occident et nulle part ailleurs. Pourquoi en Occident, et pas en Chine, pas au Japon, pas en Russie, pas dans le monde arabe ?

Cette mutation s’est-elle produite grâce au christianisme ou en dépit du christianisme ? Les historiens confronteront longtemps encore leurs théories en la matière, la seule chose qui soit difficilement discutable, c’est le fait lui-même : l’émergence, en Occident, au cours des derniers siècles, d’une civilisation qui allait devenir pour le monde entier la civilisation de référence, tant au plan matériel qu’au plan intellectuel, si bien que toutes les autres en ont été marginalisées, réduites à l’état de cultures périphériques, menacées de disparition. À partir de quel moment cette prédominance de la civilisation occidentale est-elle devenue virtuellement irréversible ? Dès le XVe siècle ? Pas avant le XVIIIe. Du point de vue qui est aujourd’hui le mien, peu importe. Ce qui est certain, et capital, c’est qu’un jour une civilisation déterminée a pris les rênes de l’attelage planétaire dans ses mains. Sa science est devenue la science, sa médecine est devenue la médecine, sa philosophie est devenue la philosophie, et ce mouvement de concentration et de « standardisation » ne s’est plus arrêté, bien au contraire, il ne fait que s’accélérer, se répandant dans tous les domaines et dans tous les continents à la fois. J’insiste, j’insiste encore : il s’agit là d’un événement sans aucun précédent dans l’Histoire. Il y avait bien eu, par le passé, des moments où telle ou telle civilisation égyptienne, mésopotamienne, chinoise, grecque, romaine, arabe ou byzantine – semblait en avance sur toutes les autres. Mais ce qui s’est enclenché en Europe au cours des derniers siècles est un phénomène entièrement différent. Je me le représente comme une sorte de fécondation. C’est la seule comparaison qui me vienne à l’esprit : de nombreux spermatozoïdes se dirigent vers l’ovule, et l’un d’eux parvient à traverser la membrane ; à l’instant, tous les autres « prétendants » sont rejetés ; désormais, il y a un « père », un seul, c’est à lui que ressemblera l’enfant. Pourquoi lui et pas un autre ? Y avait-il une supériorité de ce « prétendant » sur ses voisins, ses rivaux ? Était-il le plus sain, le plus prometteur ? Pas nécessairement, pas de manière probante. Toutes sortes de facteurs sont en cause, certains liés aux performances, d’autres aux circonstances, ou au hasard… Mais ce n’est pas cela qui me paraît le plus significatif dans cette comparaison, c’est la suite. La question n’est pas tellement de savoir pourquoi la civilisation aztèque ou islamique ou chinoise n’a pas réussi à devenir la civilisation dominante – chacune avait ses pesanteurs, ses infirmités, ses malchances.
C’est plutôt de savoir pourquoi, lorsque la civilisation de l’Europe chrétienne eut pris l’avantage, toutes les autres se sont-elles mises à décliner, pourquoi ont-elles toutes été marginalisées, d’une manière qui paraît aujourd’hui irréversible ? Sans doute – ce n’est là qu’un début de réponse – parce que l’humanité avait désormais les moyens techniques d’une domination planétaire. Mais laissons de côté le mot domination, disons plutôt : l’humanité était mûre pour l’éclosion d’une civilisation planétaire ; l’œuf était prêt à être fécondé, l’Europe occidentale l’a fécondé. Si bien qu’aujourd’hui – regardons autour de nous ! – l’Occident est partout. À Vladivostok comme à Singapour, à Boston, Dakar, Tachkent, Sâo Paulo, Nouméa, Jérusalem et Alger. Depuis un demi-millénaire, tout ce qui influence durablement les idées des hommes, ou leur santé, ou leur paysage, ou leur vie quotidienne est l’œuvre de l’Occident. Le capitalisme, le communisme, le fascisme, la psychanalyse, l’écologie, l’électricité, l’avion, l’automobile, la bombe atomique, le téléphone, la télévision, l’informatique, la pénicilline, la pilule, les droits de l’homme, et aussi les chambres à gaz… Oui, tout cela, le bonheur du monde et son malheur, tout cela est venu d’Occident. Où que l’on vive sur cette planète, toute modernisation est désormais occidentalisation. Une tendance que les progrès techniques ne font qu’accentuer et accélérer. Un peu partout on trouve, certes, des monuments et des ouvrages qui portent l’empreinte de civilisations spécifiques. Mais tout ce qui ce créé de neuf – qu’il s’agisse des bâtiments, des institutions, des instruments de connaissance, ou du mode de vie – est à l’image de l’Occident. Cette réalité n’est pas vécue de la même manière par ceux qui sont nés au sein de la civilisation dominante et par ceux qui sont nés en dehors. Les premiers peuvent se transformer, avancer dans la vie, s’adapter, sans cesser d’être eux-mêmes ; on pourrait même dire que, pour les Occidentaux, plus ils se modernisent, plus ils se sentent en harmonie avec leur culture, seuls ceux qui refusent la modernité se retrouvent déphasés. Pour le reste du monde, pour tous ceux qui sont nés au sein des cultures défaites, la réceptivité au changement et à la modernité s’est posée en termes différents. Pour les Chinois, les Africains, les Japonais, les Indiens ou les Amérindiens, et aussi pour les Grecs et les Russes autant que pour les Iraniens, les Arabes, les Juifs ou les Turcs, la modernisation a constamment impliqué l’abandon d’une partie de soi-même. Même quand elle suscitait parfois l’enthousiasme, elle ne se déroulait jamais sans une certaine amertume, sans un sentiment d’humiliation et de reniement. Sans une interrogation poignante sur les périls de l’assimilation. Sans une profonde crise d’identité.
Vidéo de présentation du livre de Amin Maalouf  » les identités meurtrières ». :

la modernité porte la marque de « l’Autre », il n’est pas surprenant de voir certaines personnes brandir les symboles de l’archaïsme pour affirmer leur différence. On l’observe aujourd’hui chez certains musulmans, femmes et hommes, mais le phénomène n’est pas l’apanage d’une culture ni d’une religion. En Russie, par exemple, il a fallu attendre la révolution bolchevique pour qu’on renonce enfin au vieux calendrier julien. Parce qu’en s’alignant sur le calendrier grégorien, on avait le sentiment d’admettre que, dans le bras de fer quasiment millénaire entre l’orthodoxie et le catholicisme, c’est celui-ci qui avait eu le dernier mot. Ce n’était qu’un symbole ? Tout, dans l’Histoire, s’exprime par des symboles. La grandeur et l’abaissement, la victoire et la défaite, le bonheur, la prospérité, la misère. Et plus que tout, l’identité. Pour qu’un changement soit accepté, il ne suffit pas qu’il soit conforme à l’esprit du temps. Il faut aussi qu’au niveau des symboles il ne heurte pas, qu’il ne donne pas à ceux qu’on incite au changement l’impression de se renier.

Quand la modernité porte la marque de « l’Autre », il n’est pas surprenant de voir certaines personnes brandir les symboles de l’archaïsme pour affirmer leur différence. On l’observe aujourd’hui chez certains musulmans, femmes et hommes, mais le phénomène n’est pas l’apanage d’une culture ni d’une religion. En Russie, par exemple, il a fallu attendre la révolution bolchevique pour qu’on renonce enfin au vieux calendrier julien. Parce qu’en s’alignant sur le calendrier grégorien, on avait le sentiment d’admettre que, dans le bras de fer quasiment millénaire entre l’orthodoxie et le catholicisme, c’est celui-ci qui avait eu le dernier mot. Ce n’était qu’un symbole ? Tout, dans l’Histoire, s’exprime par des symboles. La grandeur et l’abaissement, la victoire et la défaite, le bonheur, la prospérité, la misère. Et plus que tout, l’identité. Pour qu’un changement soit accepté, il ne suffit pas qu’il soit conforme à l’esprit du temps. Il faut aussi qu’au niveau des symboles il ne heurte pas, qu’il ne donne pas à ceux qu’on incite au changement l’impression de se renier.

En France, depuis quelques années, j’observe chez quelques-uns de mes amis les plus proches une certaine tendance à parler de la mondialisation comme d’un fléau. Ils s’émerveillent moins à l’évocation du « village planétaire », ils ne se passionnent que modérément pour l’Internet et les derniers progrès en matière de communications. C’est que la mondialisation apparaît aujourd’hui à leurs yeux synonyme d’américanisation ; ils se demandent quelle place aura demain la France dans ce monde en voie d’uniformisation accélérée, que vont devenir sa langue, sa culture, son prestige, son rayonnement, son mode de vie ; ils s’irritent lorsqu’un fast food s’installe dans leur quartier, pestent contre Hollywood, CNN, Disney et Microsoft, et pourchassent dans les journaux la moindre tournure suspecte d’anglicisme. Si j’ai pris cet exemple, c’est parce qu’il montre, à mes yeux, de quelle manière, même en Occident, même dans un pays développé à la culture épanouie et universellement respectée, la modernisation devient suspecte dès lors qu’elle est perçue comme le cheval de Troie d’une culture étrangère dominatrice. On imagine bien, a fortiori, le sentiment qu’ont pu éprouver les différents peuples non occidentaux pour qui, depuis de nombreuses générations déjà, chaque pas dans l’existence s’accompagne d’un sentiment de capitulation, et de négation de soi. Il leur a fallu reconnaître que leur savoir-faire était dépassé, que tout ce qu’ils produisaient ne valait rien comparé à ce que produisait l’Occident, que leur attachement à leur médecine traditionnelle relevait de la superstition, que leur valeur militaire n’était plus qu’une réminiscence, que leurs grands hommes qu’ils avaient appris à vénérer, les grands poètes, les savants, les soldats, les saints, les voyageurs, ne comptaient pour rien aux yeux du reste du monde, que leur religion était suspectée de barbarie, que leur langue n’était plus étudiée que par une poignée de spécialistes alors qu’eux-mêmes se devaient d’étudier les langues des autres s’ils voulaient survivre et travailler et garder un contact avec le reste de l’humanité… Lorsqu’ils parlent avec un Occidental, c’est toujours dans sa langue à lui, presque jamais dans la leur ; au sud et à l’est de la Méditerranée, on trouve des millions de personnes capables de parler l’anglais, le français, l’espagnol, l’italien. En face, combien d’Anglais, de Français, d’Espagnols, d’Italiens ont jugé utile d’étudier l’arabe ou le turc ? Oui, à chaque pas dans la vie, on rencontre une déception, une désillusion, une humiliation. Comment ne pas en avoir la personnalité meurtrie ? Comment ne pas sentir son identité menacée ?

Comment ne pas avoir le sentiment de vivre dans un monde qui appartient aux autres, qui obéit à des règles édictées par les autres, un monde où l’on est soi-même comme un orphelin, un étranger, un intrus, ou un paria ? Comment éviter que certains aient l’impression d’avoir tout perdu, de n’avoir plus rien à perdre, et en viennent à souhaiter, à la manière de Samson, que l’édifice s’écroule, Seigneur ! sur eux et sur leurs ennemis ? Je ne sais si beaucoup de ceux qui adoptent des positions jusqu’au-boutistes font consciemment un tel raisonnement. Ils n’en ont pas besoin, à vrai dire. La blessure n’a pas besoin d’être décrite pour être ressentie. C’est vers la fin du XVIIIe siècle que le monde musulman méditerranéen commença à prendre conscience de sa marginalisation et du fossé qui le séparait de l’Occident. Il n’est jamais facile de dater un événement aussi vague qu’une prise de conscience, mais il est généralement admis que c’est à la suite de la campagne de Bonaparte en Égypte, en 1799, que de nombreuses personnes, parmi les lettrés comme parmi les responsables politiques, commencèrent à se poser des questions telles que : Pourquoi avons-nous pris tant de retard ? Pourquoi l’Occident est-il à présent si avancé ? Comment a-t-il procédé ? Que devrions-nous faire pour le rattraper ?

Pour Muhammad-Ali – ou Méhémet-Ali –, vice-roi d’Égypte, la seule manière de rattraper l’Europe était de l’imiter. Il alla très loin dans cette voie, faisant appel à des médecins européens pour qu’ils fondent une faculté au Caire, introduisant au pas de charge les techniques nouvelles dans l’agriculture et dans l’industrie, et allant jusqu’à confier le commandement de son armée à un ancien officier de Napoléon ; il accueillit même des utopistes français – les saint-simoniens – pour qu’ils tentent en terre d’Égypte les expériences audacieuses dont l’Europe ne voulait pas. En quelques années, il réussit à faire de son pays une puissance régionale respectée. L’occidentalisation volontariste dont il s’était fait le promoteur avait indiscutablement commencé à porter ses fruits. Aussi résolument que Pierre le Grand, de manière un peu moins brutale, et en rencontrant beaucoup moins de résistance, cet ancien dignitaire ottoman était en train de bâtir en Orient un État moderne capable de prendre sa place au milieu des nations. Mais le rêve sera brisé, et les Arabes ne garderont de cette expérience qu’un souvenir amer. Aujourd’hui encore, des intellectuels et des dirigeants politiques évoquent avec tristesse, et avec rage, ce rendez-vous manqué, et rappellent en toute occasion à qui veut l’entendre que les puissances européennes, jugeant que Muhammad-Ali devenait trop dangereux et trop indépendant, se coalisèrent pour freiner son ascension, allant jusqu’à diriger contre lui une expédition militaire commune. Il finit sa vie vaincu et humilié.

À vrai dire, quand on observe avec le recul du temps tout le jeu militaire et diplomatique qui s’était déroulé autour de cette question d’Orient, on peut raisonnablement considérer qu’il s’agissait d’un épisode ordinaire des rapports de force entre les puissances. L’Angleterre préférait, sur la route des Indes, un Empire ottoman affaibli et malade plutôt qu’une Égypte vigoureuse et moderne. Cette attitude n’était pas foncièrement différente de celle qui avait conduit la même Angleterre à s’opposer, quelques années plus tôt, à Napoléon, et à animer une coalition capable de démanteler l’Empire européen qu’il venait de bâtir. Mais l’Égypte du XIXe siècle ne peut être comparée à la France ; celle-ci était déjà une grande puissance, elle pouvait être battue, avoir l’air anéantie, puis se relever une génération plus tard prospère et conquérante. En 1815, la France était vaincue et occupée ; en 1830, juste quinze ans plus tard, elle était suffisamment rétablie pour se lancer à la conquête de l’immense Algérie. L’Égypte n’avait pas une telle santé. Elle sortait à peine d’une longue, d’une très longue somnolence, elle venait juste d’amorcer sa modernisation ; le coup qu’on lui assena à l’époque de Muhammad-Ali s’avéra fatal. Plus jamais une occasion semblable ne se présenta à elle de rattraper le peloton de tête. La conclusion que les Arabes tirèrent alors et tirent encore de cet épisode, c’est que l’Occident ne veut pas qu’on lui ressemble, il veut seulement qu’on lui obéisse. Dans les échanges épistolaires entre le maître de l’Égypte et les chancelleries, on trouve des passages poignants où il n’hésite pas à mettre en évidence « l’action civilisatrice » qu’il avait entreprise ; affirmant qu’il avait toujours respecté les intérêts des Européens, il se demande pourquoi on cherche à le sacrifier. « Je ne suis pas de leur religion, écrit-il, mais je suis homme aussi, et l’on doit me traiter humainement. »

Ce que révèle l’exemple de Muhammad-Ali, c’est que la modernisation dans le monde arabe a été perçue très tôt comme une nécessité, comme une urgence même. Mais qu’elle n’a jamais pu être envisagée sereinement. Non seulement il fallait brûler les étapes, alors que l’Europe avait pu prendre en compte ses propres pesanteurs culturelles, sociales et religieuses ; mais en plus, il fallait s’occidentaliser tout en se défendant contre un Occident en pleine expansion, insatiable, et souvent méprisant.

Amin Maalouf,  » les identités meurtrières. »

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