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La hiérarchisation des croyances en terre laïque, par Chahdortt Djavann. 

Face à un religieux qui dirait : « J’ai l’intime conviction que le Coran est incréé« , je répondrais « j’ai l’intime conviction que tout livre a été écrit par des hommes, y compris le Coran. »

Conviction pour conviction, on est quittes.

Face à un autre qui dirait : « Je crois que le Coran est la parole d’Allah…« , je répondrais : « Je crois qu’aucun livre n’est la parole d’aucun Dieu« . Croyance pour croyance, on est quittes. 

 L’important n’est pas le contenu de la croyance. Chacun croit ses croyances supérieures à celles des autres. L’important, c’est que, dans une démocratie, il n’y est pas de hiérarchie des croyances. Qu’il n’y est pas d’un côté, les mauvais croyants et de l’autre, les bons croyants. Ou d’un côté les croyants et de l’autre les non-croyants. Cette distinction valorise, crédibilise, institutionnalise les croyances des uns, « les croyants », au nom d’une sacralité infondée et insondable, au détriment des croyances des autres, les « non-croyants ». Sans croyances, les non-croyants sont appelés à « respecter » les croyances des croyants. 

La hiérarchisation des croyances, c’est le début d’une dérive dictatoriale. 

En somme, nos politiques nous disent : puisque vous ne croyez pas à Moïse, au Christ, à Mahomet comme Prophète d’un Dieu, vous êtes des « non-croyants. » Pour qu’ils puissent afficher et répandre leurs croyances tranquillement, au détriment de la paix sociale des autres. Puisque d’emblée, implicitement, il est entendu que les croyances des « non-croyants » ne pèsent rien face à celles des « croyants. » Voici comment nous avons tous été piégés, et ça ne s’arrête pas là. 

     La croyance des uns paraît toujours insensée aux autres. Le fait qu’un milliard d’Indiens croient que la vache est un animal sacré devrait suffire à relativiser le sens du sacré et des croyances ! 

    Ce discours, qui divise les gens en deux blocs, croyants et non-croyants, est devenu monnaie courante. Ici même, en Europe, on divisait les gens ainsi, à l’époque de l’Inquisition, dans le but de dénoncer les non-croyants, les mauvais croyants comme impies, mécréants, infidèles qu’il fallait convertir ou supprimer. Et apparemment on y revient sans s’en rendre compte ! 

   La division en deux catégories, croyants/non-croyants, instaure à elle seule une hiérarchisation implicite, mais opérante. Les premiers sont marqués d’un signe positif, et les autres d’un signe négatif : non-croyants. Par cette seule séparation entre croyants et non-croyants (et cela dans le seul pays prétendument laïque, dont l’État ne reconnais que la qualité de citoyen et non celle de musulman, chrétien, juif…..), les besoins spécifiques des croyants, le mode de vie des croyants, les demandes des croyants, les accommodements avec les croyances des croyants sont imposés à tous. On relègue au second plan ceux que l’on appelle communément les non-croyants, puisqu’ils n’ont ni besoins, ni demandes, ni exigences. 

   L’engrenage infernal ne s’arrête pas là : avec la hiérarchisation instaurée entre croyants et non-croyants s’instaure automatiquement, inexorablement, une hiérarchisation de fait à l’intérieur des croyances de ceux qui sont désignés comme « croyants. » Les croyances les plus ferventes, les plus extrémistes, celles des derniers croyants, les croyances du dernier monothéisme priment ainsi sur les croyances plus anciennes, passées de mode en quelque sorte. Et les derniers croyants exigent que tous respectent leur croyances. 

   Depuis plus de vingt ans, quelle est la croyance qui accapare l’attention de tous et en premier lieu de l’État ? Quelle est la croyance qui occupe l’espace social et politique, non seulement en France, mais dans toute l’Europe ? N’est-ce-pas l’islam ? Ne parle-t-on pas sans cesse des besoins spécifiques des musulmans dans les sociétés occidentales ? Leurs mosquées, leurs voiles, leur nourriture halal, leur ramadan, leurs salles de prière sur les lieux de travail, les prières de rue, les heures de piscine spécifiques, les repas confessionnels. N’exigent-ils pas de tous qu’ils respectent leurs croyances, leurs dogmes ?

   Quand a-t-on entendu parler pour la dernière fois du Carême des catholiques ? Ou du droit à la procession dans les rues ? 

     La non-croyance des « non-croyants », la croyance « dévoyée » des chrétiens et des juifs sont devenues le ressort de l’expenssionnisme du discours islamique qui a su s’imposer en premier lieu à l’État​, aux médias, puis à nous tous. 

   Et pendant que l’État est préoccupé par les besoins et les demandes spécifiques des derniers croyants, sans même parler des menaces terroristes, les problèmes de tous, comme le chômage, la pauvreté, la précarité, le logement… sont relégués au deuxième plan. 

     Nos dirigeants sont ils dans la France laïque pour s’occuper de la foi des citoyens ? 

Au nom de quoi les croyances philosophiques, rationnelles, spirituelles sont elles considérées comme relevant de la non-croyance ? Comme des sous-croyance ? Pourquoi en 2016, dans des pays européens, dans des pays qui ont inventé le meilleur système qui existe au monde, dans les pays de la rationalité, les superstitions, les dogmes Moyenâgeux ont-ils envahi la société ? 
Voilà la question importante que nous devons nous poser.

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2 commentaires sur “La hiérarchisation des croyances en terre laïque, par Chahdortt Djavann. 

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