Société

Une société de décrocheur, par Lydia Guirous. 



La place des parents dans l’éducation des enfants est centrale. Elle l’est encore plus lorsqu’il s’agit de familles évoluant dans des quartiers difficiles et issues de l’immigration. Je suis convaincue que la différence entre les enfants issus de quartiers difficiles qui s’en sortent et ceux qui glissent vers la délinquance se fait en fonction de l’implication des parents. Des parents présents et investis sont les meilleurs garants de la réussite scolaire des enfants et de leur future mobilité sociale.
Nous sommes dans une société de décrocheurs.

Les professeurs décrochent, fatigués par le manque de respect et la violence des élèves, le manque de reconnaissance de la société, le déclassement social. Ils sont frustrés de devoir éduquer – pour combler les manquements des parents – au lieu d’instruire. Épuisés, ils sont devenus de mauvais enseignants, des décrocheurs de l’Éducation nationale. J’ai toujours été étonnée par ces élèves très jeunes qui ne craignaient aucune sanction. Il y a de quoi rebuter le plus motivé des jeunes enseignants. L’Éducation nationale a le chic pour envoyer directement dans l’enfer des classes de ZEP les moins expérimentés de ses agents. Aussi, il n’est pas étonnant que le taux de dépression, d’absentéisme et de démission soit l’un des plus importants de la fonction publique.

Les élèves décrochent car, selon eux, les diplômes ne servent à rien, les sanctions n’existent pas et parce qu’il y aura toujours une belle âme pour leur trouver des excuses…

Les parents décrochent aussi, dépassés par des enfants toujours plus précoces, ou absorbés par un travail éreintant, ou par pur laxisme et bêtise.

« Laisse pas traîner ton fils, si tu ne veux pas qu’il glisse, qu’il te ramène du vice », chantait NTM. Quand les parents décrochent, les enfants aussi et les dispositifs d’égalité des chances comme l’« école de la seconde chance » n’y pourront rien. D’ailleurs une étude récente démontre à quel point les résultats de ces dispositifs sont faibles et ne permettent pas de « récupérer » ces enfants.

Souvent, je me dis qu’il faudrait un permis pour devenir parents, tant je suis atterrée par le comportement de certains d’entre eux avec leurs enfants. Quel modèle et quelles valeurs peuvent bien transmettre des parents irresponsables et immatures à des enfants ? Nous devrions sanctionner les parents qui ne respectent pas leurs enfants. Le rôle du parent n’est pas d’être l’ami mais d’être celui qui aime, qui éduque, le modèle à suivre ou à dépasser.

Dans les banlieues, beaucoup de parents sont devenus des « décrocheurs ». Être parents, c’est une forme de condamnation à perpétuité. Une responsabilité vis-à-vis de ses enfants. C’est aussi un engagement que l’on prend envers la société : celui de faire de ses enfants des personnes capables d’évoluer en société, de s’adapter. Le rôle des parents est de donner les bons codes aux enfants, qu’importe le milieu social. Un enfant de mineurs dans les années 1950 savait qu’il fallait dire bonjour en entrant dans une pièce, être respectueux du professeur et des adultes, qu’il devait s’habiller correctement pour un entretien d’embauche et arriver à l’heure… Ce sont les règles de base de l’éducation. Le rôle des parents est de transmettre ces règles. Le rôle de l’enseignant est d’instruire : lecture, écriture, calcul, histoire… afin de former des citoyens éclairés. Aujourd’hui trop de parents comptent sur l’enseignant pour éduquer leur enfant. Ce n’est évidemment pas son rôle. C’est autant de temps perdu pour l’enseignement et la transmission des savoirs essentiels. Il ne faut pas s’étonner d’avoir un tiers des élèves qui entrent en 6e avec des difficultés en lecture, écriture et calcul…

Alors que faire ? Mettre en place une école des parents ? Pourquoi pas ! Donner quelques bases et règles d’éducation à des parents qui ne connaissent pas eux-même les fondamentaux de l’éducation des enfants serait salutaire. Un séminaire quelques jours avant la rentrée dans les écoles des quartiers difficiles pourrait favoriser l’investissement des parents dans l’éducation de leurs enfants et les responsabiliser. Il faudrait également permettre aux parents analphabètes de prendre des cours de lecture afin qu’ils aient les moyens de suivre l’évolution de leur enfant, sans être dépendants de ce dernier qui peut arranger la réalité pour les rassurer et éviter les punitions.

Le retour à l’autorité et au respect des professeurs passe également par une distance entre l’élève et le professeur. Il faut de manière urgente commencer à rétablir le vouvoiement avec les représentants du corps enseignant et les surveillants. Je ne comprends pas la nonchalance et la proximité de certains professeurs avec leurs élèves, allant parfois jusqu’à utiliser des mots en verlan ou en argot « pour être mieux compris » dans les établissements de quartiers difficiles. Le vocabulaire doit être le même dans tous les établissements de la République. En plus du vouvoiement, il me semble qu’une tenue décente doit être observée par les professeurs. Ainsi le T-shirt ou le short sont à prohiber si l’on souhaite être respecté et écouté par des élèves difficiles en demande de repères et d’autorité. Le retour de l’estrade dans les salles de classe serait aussi un outil favorisant le respect et l’autorité du professeur qu’il serait bon de rétablir.

Par ailleurs, je suis favorable à l’instauration de l’uniforme ou de la blouse de la maternelle au lycée, que beaucoup de familles souhaitent, ne serait-ce que pour des raisons économiques. Cet uniforme est à mon sens une protection de l’enfant et le symbole de la sacralisation de l’école et du temps dédié à l’instruction. Comme l’on met son costume pour aller travailler, on enfile son uniforme pour s’instruire, protégé des pressions de la société, de la mode, et sur un pied d’égalité avec les autres. Ces dispositifs seraient salutaires pour éviter le décrochage et rétablir une école sanctuaire et respectée. Toutefois, je pense qu’il faut aller plus loin et ne pas craindre de sanctionner de manière forte et exemplaire les cas les plus difficiles. Sans sanction, les règles perdent toute leur force. Aussi, je considère qu’il faut sanctionner les parents dont les enfants sont perturbateurs, violents et au taux d’absentéisme élevé. Après plusieurs avertissements, la sanction doit être financière. Je suis favorable à ce qu’une partie des allocations familiales soient suspendues pour les familles dont l’un des enfants pose des difficultés à l’école ou est absent. Cette suspension serait levée si l’enfant retrouvait un bon comportement. Dans les quartiers, une famille peut gâcher la vie de toutes les autres. Ainsi, les familles qui posent problème et occupent un logement social devraient également être inquiétées. Ce logement pourrait être retiré en cas de plaintes répétées, de faits de nuisances ou de délinquance avérés. Il y a une pénurie de logements sociaux en France et de nombreuses familles, souvent monoparentales, sont obligées de s’entasser dans de minuscules surfaces, parfois insalubres. Je suis pour la méritocratie et la justice sociale dans l’attribution des logements sociaux. Il faut favoriser les familles qui le méritent et retirer le bail aux familles de délinquants.

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