Fanatisme·politique·Société

Les raisons de l’intensification du communautarisme, par Gilles Kepel. 

C’est à l’aune de leur citoyenneté -dont certains conteste la valeur éthique et les devoirs, mais exigent les droits- qu’une série de revendications commence à être formulées dans l’espace public. Celles-ci vont du strict respect du halal, que ce soit dans l’alimentation ou pour le choix de partenaires matrimoniaux, comme marqueur de frontière communautaire, jusqu’à l’ouverture d’écoles privées musulmanes permettant le port du hijab, mais prohibant l’enseignement de la « théorie du genre ». Elles se prolongent en lobbies électoraux négociant leur soutient aux candidats en contrepartie de leur engagement à défendre diverses causes Islamiques. Quelle que soit leur orientation spécifique, la plupart de ces initiatives on en commun de constituer des groupes de pression de consommateurs -de la viande rituellement égorgée à l’éducation et au vote. En ce sens, les jeunes citoyens qui les incarnent prennent une revenche symbolique sur le terrain d’une consommation halal, devant la situation faite par la France à beaucoup de leurs géniteurs, exclus du champ de la production après la crise des années 1970 et y subissant un chômage de grande ampleur et de longue durée. 

Cette nouvelle génération, de nationalité française, qui est élevée dans le monde des cités de banlieue trouve un mode privilégié d’expression et de propagation de ses valeurs avec internet. Celle-ci mêle recherche d’un modèle d’Islam intégrale inspiré du salafisme originaire de la péninsule Arabique et consultation fervante d’une islamosphère profuse en normes et injonctions rompant avec le modèle  » mécréant  » de l’Occident. Cet outil numérique et le référentiel extra-hexagonal auquel il donne accès instantanément débouche sur l’édification d’une frontière de plus en plus stricte entre la sphère du halal (licite, autorisé) et du Haram (illicite,  interdit). Il favorise les ambitions des réseaux associatifs ou entrepreneuriaux, actifs dans le tissu social comme dans le cybermonde qui aspire à exercer une hégémonie religieuse, culturelle, et politique sur les jeunes. 

L’extension de ces réseaux est encore démultipliée par les mutations foudroyantes du monde digital, qui connait durant la décennie 2005-2015 la révolution dite 2.0, facilitant la constitution de communautés virtuelles autour de YouTube, facebook ou Twitter. 

Gilles Kepel, né le 30 juin 1955 à Paris, est un politologue français, spécialiste de l’islam et du monde arabe contemporain. Il est professeur des universités à l’Institut d’études politiques de Paris (Sciences Po) et membre de l’Institut universitaire de France.

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2 commentaires sur “Les raisons de l’intensification du communautarisme, par Gilles Kepel. 

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