Fanatisme·Féminisme intellectuel·Laïcité·Société

Le différentialisme culturel c’est aussi accepter un remède pire que le mal lui-même contre la racisme au lieu de combattre ce dernier efficacement, par Wassyla Tamzali. 

La campagne contre le voile à l’école s’appuya aussi, comme il fallait s’y attendre, sur les discriminations qui pèsent sur la vie des populations d’origine musulmane vivant en France. Un argument redoutable qui puise sa force dans une réalité qu’il est difficile d’ignorer. Et, comme ceux qui disent que l’interdiction du voile ne serait qu’un voile sur la discrimination des femmes musulmanes dans la société française, nous avons un solide ressentiment à l’égard de la République française à ce sujet. Qu’à t-on fait pour assurer l’égalité de tous les français ? La preuve n’a plus besoin d’être faite qu’il y a en France un racisme antimaghrebin. Les délits de faciès et leurs sombres et tragiques conséquences, auquel s’ajoute souvent le sentiment de déni de justice, sont là pour nous rappeler que nous devons nous méfier de l’Hydre à mille têtes qu’est le racisme. Jusqu’à aujourd’hui, en France, en dehors des grands centres urbains, où ces populations ont pu recréer des lieux de vie, y vivre librement et exprimer leurs différences, le racisme se voit à l’œil nu. Ici et là, dans les petites villes agricoles, de bord de mer, le travail fini, les travailleurs agricoles, les serveurs et cuisiniers, les femmes de ménage, les Mohamed, Ali, Fatima, tous enfants d’Ismaël ne savent pas quoi faire de leur peau et ni où se mettre pour prendre un peu de repos. Je connais des villages ou l’accès au café de la place est de fait interdit aux Arabes comme dans le bon vieux temps de la colonie. Dans ce petit village, au bord de la Méditerranée, je les vois le soir, fumant furtivement dans le creux des falaises à l’abri des regards, les ex-colonisés indigènes devenus émigrés dans un pays qui les colonisa. C’est là qu’ils se retrouvent entre eux, après le travail, pour regarder droit devant eux, de l’autre côté de la mer, essayant d’apercevoir ce pays qu’ils ont quittés et auquel ils appartiennent. Ils fument en silence. Pensent-ils comme moi que l’histoire est cruelle ? 
Et de ce point de vue, le débat fut positif, il a révélé le mal-être et les discriminations très concrètes dont souffrent les populations émigrés, particulièrement celle d’origine maghrébine. Mais à partir de cette injustice flagrante, accepter la pratique, maghrébine ou pas, de cacher ses cheveux, de ne pas se faire soigner par un homme, de ne pas serrer la main des hommes, c’est à dire accepter des pratiques de ségrégation sexiste, il y a un pas dangereux à franchir. C’est choisir un remède pire que le mal. Refuser le voile ne signifie pas accepter le racisme, comme veulent nous le faire croire certains. 

Wassyla Tamzali, une femme en colère : lettre d’Alger aux européens désabusés.

Présentation du livre : 

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