Féminisme intellectuel·Société

La loi sur les signes religieux, en France, n’a pas fait avancer le droit des femmes par Wassyla Tamzali. 

La loi sur les signes religieux à l’école qui souleva tant de polémiques n’a pas fait avancer le droit des femmes, bien au contraire. Elle a minimisé le danger du voile en mettant sur le même plan des signes insignifiant comme les médailles, mains de Fatma, kippa, et des pratiques lourdes de sens et de conséquences pour le développement psychique, sexuel et social des adolescentes. La dissimulation des cheveux et autres parties du corps des petites filles conduit à une ségrégation sexuée, à la différence des autres signes religieux. 

D’une manière générale, sur le plan des idées, le débat a révélé les camps qui divisent la société française. Il a charrié tout un pan de l’histoire, la colonisation et la décolonisation avec le vieux front anti-communiste encore vigoureux, la gauche radicale et les altermondialistes et, pour finir, les va-t-en guerre du choc des civilisations. On a vu avec terreur l’opinion publique Française s’engouffrer dans une guerre des signes. Il faudrait ajouter à l’intégrisme religieux Islamistes une autre victoire, celle d’avoir bouleversé la France de gauche, divisé les féministes, obscurci le discours français sur les droits de l’homme, et, pour finir, d’avoir rompu nos alliances avec la gauche occidentale. Pas toute la gauche bien évidemment, ni toutes les féministes, je parle d’un certain courant en Guerre depuis toujours contre l’establishment politique, de gauche comme de droite, qui s’est révélé très agressif dans le débat, d’autant plus qu’il était bien implanté dans le paysage médiatique et associatif. Je citerai, entre autre, Le Monde Diplomatique, la Ligue de l’enseignement que nous croyions la gardienne de la laïcité, la Ligue des droits de l’homme, le MRAP, et d’autres encore moins connus. Cette gauche est montée au créneau de la France dominante. On a pu lire des pétitions, des articles, des déclarations qui mêlaient des anciens et anciennes laicistes, des féministes, des personnes se disant à gauche, tous convertis pour l’occasion au relativisme culturel, et des Islamistes bien contents de ramasser la mise de ce banco inouï. Ces rapprochements contre nature, nous en avions déjà eu un échantillon quand, pendant les années de terrorisme en Algérie, les années 1990, des représentants de l’intelligensia française justifiaient les islamistes sous prétexte que les pouvoirs en place dans les pays arabes avaient perdu leur dignité. Mais là, ma stupeur fut encore plus grande ! Je retrouvais sous des plumes amies, féministes, la vielle stratégie dont on use depuis toujours contre les femmes : celle qui consiste à les faire taire sous prétexte de rendez-vous plus urgents et plus nobles que l’égalité des sexes. Aujourd’hui, dans ces critiques de la loi contre le port du voile, c’est le racisme, l’intégration des immigrés et l’Alliance des civilisations qui sont évoqués. Las ! Nous n’en finissons pas d’être les otages des causes plus urgentes. À ces méthodes de mise au placard, nous féministes des pays du tiers-monde avons longtemps été soumise. 
Wassyla Tamzali, Une femme en colère : lettre d’Alger aux européens désabusés.

Présentation du livre : 

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s