Féminisme intellectuel·politique

L’amnésie des féministes post-modernes par Wassyla Tamzali. 

La montée du fondamentalisme islamique dans les populations émigrés d’origine maghrébine annonçait des tempêtes et une mise à l’épreuve de notre identité de femmes musulmanes. Le contexte politique laissait présager le pire. Dans les banlieues européennes, on sentait le contre-choc de la faillite politique des régime post-coloniaux. L’idée du retour impossible et de la perte définitive du pays d’origine paraissait de plus en plus évidente ; plus lointaine mais palpables, le conflit israélo-palestinien et les guerres nées de la disparition du bloc soviétique, avec leur lot de victimes musulmanes -bosniaques, tchétchènes, Albanais- ajoutait de l’huile sur les feux allumés par le racisme européen. Être musulman en France et en Europe devenait une posture politique. Une rude bataille s’annonçait pour nous féministes issues ou de culture musulmane. 

En France, tout ce charivari a réveillé les fantômes du passé et servi d’exutoire à l’histoire refoulée. L’exigence des anciens peuples colonisés, ou des populations européenne issues de ces peuples, à être reconnus dans leur culture, a réveillé l’aversion de ceux qui ne se sont pas remis de la décolonisation, comme elle a trouvé un terrain favorable dans la culpabilité des enfants des empires coloniaux. Il s’agissait pour ces derniers de réparer le passé en permettant aux anciens colonisés de vivre selon leur culture, selon leur identité. Ignorant que la vraie bataille était d’affronter la question de la domination économique et politique des anciennes colonies et celle du racisme. 

Ma culture, sa culture, leur culture, au nom de la diversité, nombreux sont ceux qui font droit aux revendications culturalistes et identitaires sans même s’interroger sur leur sens. Le droit à sa culture et à sa religion supplante dorénavant tous les autres. Notre époque n’est plus celle de l’égalité en droit de tous les êtres humains, et de toutes les nations grandes ou petites, mais celle du recouvrement de son identité, de sa culture, dont le sens est laissé à l’appréciation de chacun. Liberté-égalité est un vieux slogan qui n’a plus le pouvoir de faire avancer l’Histoire. 

Ce nouveau combat est mené planétairement : en Europe, dans les banlieues et dans les rangs de l’intellingentsia, en Asie, dans le monde arabe, au USA, dans les universités, les centres de recherche en sciences sociales, dans les chancelleries, les partis au pouvoir et ceux de l’opposition, dans la rue. Les femmes musulmanes sont le point d’orgue de cette furia. Ainsi, nous sommes le signe et les victimes du basculement du monde dans l’ère post-tout : post-coloniolalisme, post-orientalisme, dont le dernier avatar est le féminisme islamique. 

C’est tout naturellement que nous avions espéré trouver à nos côtés nos amis intellectuels-de-gauche-pour-la-plupart, hommes et femmes que nous côtoyons depuis de si longues années, avec qui nous avions partagé de nombreuses causes : la liberté pour les peuples colonisés, la paix, la démocratie, l’Afrique du Sud, la Palestine, le Chili, le droit à l’avortement, la Bosnie, le Rwanda, les sans-papiers, la parité…. La question des femmes dans les sociétés Islamiques ne s’inscrivait elle pas de toute évidence dans la continuité de ces combats, puisqu’il s’agissait encore de liberté et de dignité ? N’étions nous pas depuis longtemps au coude à coude sur ce front-là ? Et tout particulièrement avec les féministes européennes ? Sur les discriminations sexistes, nous avions le même diagnostic et la même analyse de l’emprise du religieuse sur l’infériorisation des femmes. Le patriarcat était universel, elles ici et nous là bas partagions la même idée de la construction du rapport des sexe et sur l’exigence de liberté et d’égalité en droit des femmes. Ces accordailles allaient être remises par le replis identitaire et le retour du religieux. Contre les discours antiféministes qui justifiaient des pratiques de ségrégation sexiste comme le port du voile, les féministes européennes ne font pas chorus avec nous, féministes du Sud. Nous espérions trouver sous leurs plumes un refus ferme de l’amalgame religion/patriarcat. Sur ce sujet qu’elles connaissaient bien, nos amies sauraient tordre le cou au relativisme culturel. Hélas ! alors qu’il s’agissait de savoir ensemble comment articuler le principe d’égalité des sexes à toutes les cultures, certaines féministes se sont ralliées aux thèses du relativisme culturel. Elles ne sont pas majoritaire, mais on les entend plus facilement que celles qui continuent à se mobiliser au nom des principes universalistes et qui sont accusées de ringardise (sic) ! Ces positions antiféministes sont toujours reçues avec une grande complaisance. Pour preuve, le succès auprès des médias et de l’opinion publique du discours sur le bonheur et le professionnalisme des femmes prostituées, sur le choix des jeunes filles voilées. 

 

Wassyla Tamzali, une femme en colère: lettre d’Alger aux européens désabusés.


Présentation du livre : 

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