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La répartition des rémunérations, par Aymeric Caron. 


J’aime cette formule du naturaliste John Muir, disparu il y a un siècle :  » La vie est trop courte pour consacrer beaucoup de temps à gagner de l’argent. » Surtout que, en tant qu’allié et vecteur du libéralisme économique, l’argent est une des plus belles entourloupes de notre société. Tout passe par lui. Il est le but, le référant, le juge, le guide, le maître. Il distribue les titres de noblesse. Il est le maître des élégances. Il est le diable à qui on vend son âme, il est le client pour lequel on se prostitue. Alors qu’il n’est qu’une illusion. Rien de ce qu’il raconte n’est vrai. Ses avis n’ont aucune logique. Il consacre des rois de pacotille et méprise les âmes nobles. Je lis ce jour que Zlatan Ibrahimovic devient le joueur de football le mieux payé de France : 1,5 million d’euros par mois, contre 800 000 jusqu’à présent. Le type tape dans un ballon, et on le paye plus de 1000 fois le Smic. Dans notre échelle de valeur ou l’argent règne en maître, Zlatan vaut donc plus que 1000 ouvriers. Les joueurs de football sont des cibles peut-être trop évidentes, et ils sont eux-mêmes soumis à un marché qui en fait des objets (on « achète » un joueur quelle drôle d’idée), mais comment ignorer que leur statut emblématique interroge nos règles économiques ? À ce propos me vient une seconde interrogation. Le football est un jeu. Beaucoup de jeunes et moins jeunes se détendent en jouant au foot. Même si le haut niveau requiert un entraînement contraignant, les footballeurs sont donc payés pour s’amuser, et ils prennent beaucoup de plaisir dans leur métier. IL suffit de les voir exulter lorsqu’ils marquent un but. Or on a rarement vu un ouvrier sur une chaîne de montage serrer les poings vers le ciel puis sauter dans les bras de ces collègues en hurlant juste après avoir réussi à assembler une porte avec dextérité. L’ouvrier en usine est en effet un métier moins plaisant que celui de footballeur. Il faut aussi considérer que le footeux est populaire, il bénéficie d’une notoriété qui flatte l’égo, alors que l’ouvrier est un homme ou une femme anonyme dont le sort n’intéresse pas grand monde. Comment se fait-il, dès lors, que le footballeur soit payé une fortune alors qu’il a déjà la chance d’exercer un métier somme toute épanouissant qui lui assure une forte reconnaissance sociale ? La justice voudrait que l’on équilibre les bonheurs en encourageant et dédommageant celui qui subit un emploi inintéressant et non valorisant: le salaire devrait être, en quelque sorte, pondéré par un « coefficient de plaisir ».
Mais c’est surtout un autre critère qui devrait déterminer la variabilité des rémunérations : le degré de bénéfice pour la collectivité.

Aymeric Caron, Antispéciste.

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