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Pourquoi la société tolère t-elle les inégalités ? 

Pierre Rosanvallon (historien, sociologue français) observe dans « la société des inégaux » ce qu’il appelle un « consentement à l’inégalité » qui relève d’une crise « morale ou anthropologique » : en dehors de quelques cas trop flagrants, comme les bonus faramineux de certains patrons ou les salaires à plusieurs millions d’euros, les inégalités de richesses ne suscitent plus aucune réaction d’ampleur, et ce, alors même qu’une écrasante majorité pose la réduction des inégalités comme une priorité. Rosanvallon cite des sondages contradictoires : 90% des français affirment nécessaire de réduire l’écart des revenus, mais en même temps 57% d’entre eux considèrent que les inégalités de revenu sont indispensable à une économie dynamique et 85% que les différences de revenus sont « acceptables lorsqu’elles rémunèrent des mérites individuels différents ».
Explication: la nature des inégalités à évolué, d’où la tendance à mieux les accepter. Patrick Savidan, professeur de philosophie politique et président de l’observatoire des inégalités, complète l’explication: lorsque les frontières sociales hermétiques de l’Ancien Régime sont tombées, les comparaisons interpersonnelles à grande échelle sont devenues possibles. Autrefois on ne se comparait qu’entre pairs, le paysan se mesurait au paysan. Désormais chacun peut se mesurer à tout autre. En droit, vous pouvez vous considérer l’égal de François Hollande ou de Bernard Arnault. Pour reprendre l’analyse de Tocqueville, l’envie est donc un sentiment exacerbé par les institutions démocratiques qui rendent en théorie possible la progression sociale de chacun. Dès lors, tout individu tend à se comparer aux autres et à estimer qu’il n’est pas reconnu à sa juste valeur : on regrette le manque de considération d’un supérieur, un salaire trop faible, une fonction qui nous est refusée….
Chacun considère généralement qu’il mérite mieux que son voisin. Il ne veut donc pas être son égal. Nous sommes par ailleurs tous incités par la philosophie consumériste à nous distinguer de la masse par la possession de biens matériels qui nous identifient à une élite. Nous approuvons tous plus ou moins tacitement le système inégalitaire car nous espérons pouvoir en bénéficier à notre avantage.
[….]
Par ailleurs, une forme de suspicion entoure généralement ceux qui sont au chômage ou qui occupent les positions sociales inférieures :

  • Ont ils réellement fourni les mêmes efforts que les autres ?
  •  Ne sont ils pas en partie responsable de leur situation ?
    Notre monde est fou car il a permis le règne des salauds. Non pas le salaud sartrien, mais un salaud tel qu’aurait pu l’entendre Kant, à savoir un homme mauvais ou médiocre qui fait passer son intérêt personnel avant la loi morale. Les brigands ont pris le pouvoir.

Antispéciste, Aymeric Caron.

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