Ma religion·Société

L’amour par Alain Badiou. 


 » L’amour est un évènement qui n’était pas prévisible ou calculable selon les lois du monde. Rien ne permettait d’arranger la rencontre – même pas Meetic, quand bien même on aurait fait de longs chats avant ! – parce que, finalement, au moment ou on se voit, on se voit, ça, c’est irréductible ! Mais l’amour ne peut pas se réduire à la rencontre, car il est une construction. L’énigme de la pensée de l’amour, c’est la question de cette durée qui l’accomplit. (…)
Disons que l’amour est une aventure obstinée. Le coté aventureux est nécessaire, mais ne l’est pas moins l’obstination. Laisser tomber au premier obstacle, à la première divergence sérieuse, aux premiers ennuis, n’est qu’une défiguration de l’amour. Un amour véritable est celui qui triomphe durablement, parfois durement, des obstacles que l’espace, le monde et le temps lui proposent.
(…)
Dans l’amour, la fidélité désigne cette longue victoire : le hasard de la rencontre vaincu jour après jour dans l’invention d’une durée, dans la naissance d’un monde. Pourquoi dit-on si souvent : je t’aimerai toujours ? A condition, bien sûr, que ce ne soit pas une ruse. Les moralistes, évidement, s’en sont beaucoup moqués, disant qu’en réalité ce n’est jamais vrai. D’abord, ce n’est pas vrai que ce n’est jamais vrai. Il y a des gens qui s’aiment toujours, et il y en a beaucoup plus qu’on ne le croit ou qu’on ne le dit.
Et tout le monde sait que décider, surtout unilatéralement, la fin d’un amour est toujours un désastre, quelles que soient les excellentes raisons qu’on met en avant. Cela ne m’est arrivé qu’une fois dans mon existence, d’abandonner un amour.
C’était mon premier amour, et j’ai été progressivement conscient que cet abandon était une faute que je suis revenu vers cet amour inaugural, tard, bien tard – la mort de l’aimée approchait – mais avec une intensité et une nécessité incomparables. Ensuite, je n’ai jamais renoncé.
Il y a eu des drames et des déchirements et des incertitudes, mais je n’ai plus jamais quitter un amour. »
Alain Badiou, « Eloge de l’amour ».

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