Fanatisme·Spiritualité

L’islam des quartiers, par Abd Al Malik.

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À la racine de ma quête se trouvait le doute que les dogmes chrétiens n’avaient su apaiser. L’islam extérieur dont le Tabligh(1) était porteur m’avait alors nourri de réponses définitives et tranchées, et il n’avait fait que renforcer mon égo par une armure de certitudes. Dans un discours entièrement structuré par la dichotomie halal/haram (bien/mal), la morale de bazar que l’on m’avait proposée était une non-pensée, un doigt accusateur pointé en permanence sur les travers d’autrui. Dans ce monde inversé, je me croyais profond alors que j’étais superficiel et je situais mon cœur dans les replis de mon cerveau sans d’ailleurs faire fonctionner celui-ci, tant le niveau intellectuel de la prédication (islam rigoriste de son quartier) était bas.
Musulman pratiquant dans la pire orthodoxie, cet homme (Faouzi Skali (2)) plaçait tout son enseignement sur un plan universel qui dissolvait comme par enchantement la vision du monde en noir et blanc que l’on m’avait apprise.  » Au fond de chaque individu », disait il, il y a un secret profond, un pacte qui le lie au-delà des lieux et des temps à l’essence de l’être.

En voyage au Maroc, chez l’hôte qui nous avait accueilli, il y avais aussi d’autres amis de notre hôte, qui étaient déjà présent lorsque nous sommes arrivés. La vue de ces six blancs musulmans, tous originaires de Provence, m’étonna vraiment ; non que je n’eusse pas connu d’autres musulmans blancs mais ceux là étaient singuliers. En effet, les convertis de la cité avaient souvent le même profil : extrêmement rigoristes et très portés sur le folklore vestimentaire musulman – turban sur la tête, longue barbe et djellaba. On retrouve d’ailleurs, en sens inverse, cette tendance fâcheuse à vouloir se faire plus royaliste que le roi, chez les jeunes d’origine maghrébine ou africaine qui pensent que l’intégration doit passer par un reniement de leurs racines. Bien sûr, tout les blancs n’adoptaient pas systématiquement la même attitude, mais beaucoup tombaient dans ce travers, certains allant même jusqu’à rompre avec leur famille soudain considérée par eux comme mécréante. Ce soir là, par contre, les blancs aimables et simples qui étaient présent ne se distinguaient par aucun signe extérieur, aucun mimétisme vestimentaire ou autre. Et, chose surprenante, jamais dans la conversation ils ne se mirent a prêcher, a critiquer la société française ou la culture occidentale « décadente et impie » alors que c’était une attitude fréquente chez les blancs convertis de la citée que j’avais côtoyé.

Abd Al Malik, qu’Allah bénisse la France.

 

-(1) : Le Tabligh est un mouvement de prédication transnational. Autrefois acteur majeur de la réislamisation, il s’essouffle aujourd’hui. Le Tabligh est un mouvement de revivalisme islamique créé en 1927 par le théologien indien Muhammad Ilyas dans les Indes britanniques

-(2) : Faouzi skali est maître soufi. Il perpétue une très vieille tradition familiale marocaine, qu’il a découverte au bout de ses études. Docteur en anthropologie, ce père de famille est directeur du festival des musiques sacrées de Fès.

 

Vidéo de présentation du livre : Qu’Allah bénisse la France:

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